☻ Visite du Mémorial de la Shoah avec Philippe
4 septembre 2025 - Aujourd'hui jeudi, nous avons décidé d'aller visiter le Mémorial de la Shoah dans le IVe arrondissement de Paris (en plein cœur du quartier du Marais). Le bâtiment fait l'angle entre la rue Geoffroy L'Asnier (du nom d'un propriétaire terrien vivant ici au XIIIe siècle) et l'Allée des Justes parmi les Nations.
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Une plaque a été déposée sur le mur de ce groupe scolaire en hommage aux 500 enfants habitant le IVe arrondissement de la capitale déportés par la police de Vichy puis assassinés à Auschwitz entre 1942 et 1944. Certains d'entre eux étaient scolarisés dans cette école.
Sous une verrière, un bloc de bronze cite les noms des camps de concentration : Treblinka, le ghetto de Varsovie, Bergen-Belsen... Quant à celui d'Auschwitz, nous l'avions visité lors de notre visite de la Pologne il y a deux ans.
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A l'entrée du musée, sur le Mur des Noms a été inauguré le 23 janvier 2005 en présence de Jacques Chirac, président de la République, et de Simone Weil, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et ancienne déportée. Il a été ouvert au public deux jours plus tard, à la date précise du soixantième anniversaire de la libération du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau.
Se trouvent gravés dans la pierre, année par année, les noms de 75 568 juifs de France - dont 11 400 enfants - déportés dans le cadre du plan nazi d'extermination du judaïsme européen en collaboration avec la police de Vichy.
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On peut voir ainsi que des familles entières ont été concernées par cet holocauste.
Une fois à l'intérieur du mémorial, nous descendons tout de suite voir la crypte.
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Un plan du ghetto de Varsovie y est présenté.
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Il s'y trouve une étoile de David en marbre noir. C’est le tombeau symbolique des six millions de morts laissés sans sépulture. Dans ce lieu sont mêlées les cendres des martyrs recueillies dans les camps de la mort ainsi que dans les ruines du ghetto de Varsovie. Ces cendres ont été ensevelies le 24 février 1957 dans de la terre d’Israël, conformément à la tradition.
Sur le mur du fond, une citation biblique : "Regardez et voyez s'il est douleur pareille à ma douleur. Jeunes et vieux, nos fils et nos filles fauchés par le glaive."
Que d'émotion dans un tel lieu...
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Au centre, une flamme qui brûle 24 heures sur 24. Évidemment, ce n'est pas une vraie flamme mais un morceau de soie bicolore qui, grâce à une soufflerie et un éclairage adaptés, simulent parfaitement un feu.
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La reconstitution de la baraque N°6 de Beaune-la-Rolande
A l'arrière de la crypte, dans un espace cédé aux archives nationales, se trouve "le fichier des Juifs". Déposé en 1997 par le président de la République, Jacques Chirac, ils regroupe plusieurs fichiers différents (fichier individuel, fichier familial, fichier des juifs arrêtés à Paris et dans le département de la Seine ainsi que les fichiers du camp de Drancy, ceux de Pithiviers de Beaune-la-Rolande dans le Loiret présentant une subdivision spécifique aux enfants internés), tous mis en place à l'initiative des fonctionnaires du gouvernement de Vichy et principalement de la Préfecture de Police, entre 1941 et 1944. Ces documents peuvent être consultés après l'octroi d'une dérogation à solliciter auprès du directeur des Archives de France.
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Dans la pièce suivante, à disposition des visiteurs, une documentation regroupant des photos et des textes sur différentes personnes ayant été déportées mais ayant survécu à l'holocauste : Larissa Caïn, Yvette Lévy, Léon Placek, Ginette Kolinka... On peut ainsi en apprendre plus sur la vie de ces personnes à l'aide des écouteurs mis à disposition du public.
Dans l'espace suivant intitulé "LES IMMORTELS", on peut s'asseoir pour visionner cinq reportages mettant en scène des survivants de la Shoah interviewés par de jeunes étudiants ou étudiantes bénévoles.
Ginette Kolinka est ici interviewée, chez elle, par Nadir.
Ginette Kolinka est devenue une ambassadrice de la mémoire : elle sillonne la France pour raconter son vécu aux jeunes générations d’établissement en établissement scolaire pour parler de la Shoah et sensibiliser les jeunes à cela.
Moi, je dis "chapeau !"
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Dans la salle suivante, sur le sol, ont été représentées les communautés juives en Europe.
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On peut voir ainsi qu'en France il y a seulement 0,50% de la population qui est juive.
Alors qu'en Pologne, les juifs représentent 9,5% de la population.
Sur cette carte, l'Allemagne est représentée en marron ainsi que les pays qu'elle a déjà annexés et en jaune les pays qui soutiennent le régime nazi. En beige, les pays occupés, et en rose les pays neutres.
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Nous visitons de nombreuses salles riches en documents de toutes sortes : photos d'époque, vêtements portés, reportages télévisuels : la visite est très émouvante...
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Cette robe a été portée par Jacqueline Jedynak, déportée à Auschwitz le 28 août 1942 par le convoi 25 : elle n'avait que 11 ans !
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Avec cette machine agricole, c'est l'effroi qui vous saisit quand on lit la pancarte qui y est associée : dans le cadre de l'opération 1005 (nom qui vient du classement d'une lettre de réclamation écrite par les voisins de fosses communes remplies de cadavres pour protester contre l'odeur que celles-ci répandaient) opération dont l'objectif est de détruire les traces des crimes que les nazis ont commis, ces derniers réquisitionnent des machines agricoles auprès des paysans habitant à proximité des centres d'extermination. Les restes des corps brûlés sont passés dans les tamis de ces machines, afin de récupérer les os qui seront ultérieurement broyés.
Cette machine agricole a été remise au Mémorial de la Shoah par le Père Patrick Desbois qui la tient lui-même de la fille du Marie de Belzec alors en fonction (Belzec était l'un des centres d'extermination situé en Pologne).
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L'espace suivant s'appelle le Mémorial des Enfants : il est dédié aux 11.000 enfants juifs déportés de France. Plus de 4700 photographies issues des albums des familles, des archives publiques et privées, y ont été exposées après avoir été rassemblées par Serge Klarsfeld et le Mémorial de la Shoah.
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Ces enfants ne sont bien sûr jamais revenus des camps.
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Changement d'étage pour aller visiter l'exposition temporaire de Raymond Depardon consacrée à Auschwitz-Birkenau
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Nous passons par ce couloir couvert des photos du célèbre photographe français.
Le 27 janvier 1945, l’Armée rouge découvre le complexe d’Auschwitz-Birkenau, une zone de plus de 40 km² comprenant des zones industrielles, des camps de concentration et un centre de mise à mort où les nazis ont assassiné 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs.
Le 2 juillet 1947, le parlement polonais vote une loi qui entérine la décision de conserver le site de l'ancien camp et d'y créer un musée, nommé aujourd'hui musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau.
En 1979, alors que le site d’Auschwitz-Birkenau entre au patrimoine mondial de l’Unesco, le photographe et réalisateur Raymond Depardon (83 ans à ce jour) se rend sur place en hiver. Il restera plus de deux semaines : son regard multiple et juste se pose sur ce qu’il reste de la plus implacable des machines de mort mise au point par l’homme.
Une série d’images en noir et blanc qu’il n’a jusqu’à présent jamais exposée et qu’il propose aujourd’hui à son public de découvrir à l’occasion de la 80e commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah.
Baraquements, quai de gare, potences, miradors, barbelés, chambres à gaz, fours crématoires… Les photographies en noir et blanc que le photographe a réalisées à Auschwitz-Birkenau ont été reproduites en très grand format sur les murs de deux salles du Mémorial.
C’est un Auschwitz-Birkenau sous la neige que découvre Raymond Depardon. La blancheur immaculée du paysage contraste avec la noirceur des bâtiments et clôtures du camp.
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Qui ne connait pas cette photo de la porte d'entrée du camp d'auschwitz-Birkenau avec la très funeste en-tête "ARBEIT MACHT FREI" qui signifie : le travail vous libère...
Le block 11 était un bunker de punition.
Différents motifs conduisaient à un enfermement dans le Block 11. Les détenus qui s'étaient rendus coupables d'exactions ou avaient enfreint l'une des nombreuses règles du camp ou simplement étaient suspectés de l'avoir fait pouvaient être conduits au Block 11. Les principales raisons étaient : le sabotage, la participation à des actes de résistance, les contacts avec la population civile, la contrebande de denrées alimentaires ou d'objets, la préparation d'évasion ou l'assistance apportée à cette fin, les tentatives d'évasion, le vol ou toute autre infraction aux règles du camp.
L'intérieur d'une barque du camp des femmes avec une robe de prisonnière
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Détail sur un châlit
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Un exemplaire du journal Match consacré au reportage de Raymond Depardon
Une partie du musée est également consacrée aux photos faites par les nazis eux-mêmes dans ce camp de concentration et d'extermination.
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De la mi mai au début du mois d'août 1944, deux photographes SS du service Anthropométrique du camp de concentration d'Auschwitz, Bernhard Walter et Ernst Hoffman, prennent des centaines de clichés montrant l'arrivée de plus de 400.000 juifs déportés de Hongrie. Un album rassemblant 197 de ces photographies est arrivé jusqu'à nous. Découvert au printemps 1945 au camp de Dora par une rescapée, Lili Jacob, elle-même juive déportée de Hongrie, cet album est devenu l'une des sources visuelles majeures de l'histoire de la Shoah. Ces photographies constituent l'ensemble le plus important montrant l'arrivée de convois de juifs dans un centre de mise à mort et les étapes successives du processus de destruction à Auschwitz, du débarquement des trains jusqu'à la lisière des chambres à gaz. Ces photographies dépassent le site d'Auschwitz-Birkenau mettant en lumière le cadre et le contexte bien plus large durant lequel elles furent prises.
Le camp d'Auschwitz se situe tout près de Cracovie (Krakau sur la carte), donc plutôt au sud de la Pologne. Pour info, il s'agit de la seule grande ville de Pologne qui n'a pas été bombardée.
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En allant à Auschwitz il y a deux ans, nous sommes passés devant des murs entiers de ces photographies anthropométriques prises par Bernhard Walter.
Un commando de prisonniers effectue des travaux de terrassement à Birkenau (lieu d'extermination des juifs situé à seulement quelques km d'Auschwitz).
Bruits et odeurs
Un appareil photo ne peut pas capter les bruits et les odeurs, qui pourtant peuvent être envisagés à partir d'informations présentes sur les clichés. Des survivants ont rapporté que, une fois crié l'ordre "Alle Heraus" (Tout le monde dehors), gémissements, pleurs, cris et bruits emplissaient l'espace sur toute la rampe. Plus de 3.000 personnes descendent des wagons de ce convoi dans lesquels elles ont été enfermées depuis trois jours.
Des membres du Kommando Kanada (celui chargé de stocker tous les effets personnels des déportés à leur arrivée au camp), contrevenant à l'interdiction qui leur est faite par les SS, parlent avec certains déportés, tandis que d'autres échangent probablement avec leurs proches. Certains s'interpellent par-dessus un amoncellement de bagages. On peut aussi déceler quelques indices à l'arrivée des convois : ainsi, des seaux en émail utilisés en guise de latrines...
Mais c'est surtout l'odeur des chambres à gaz-crématoires qui remplit l'espace. Plusieurs photographies montrent des déportées avec un foulard sur le nez pour tenter de s'en protéger.
Bernhard Walter, artisan de formation, est né en 1911 et rejoint le parti nazi en 1933. Il sert dans la SS des camps à partir de 1934. En janvier 1941, il est muté à Auschwitz où Rudolph Höss le place à la tête du service Anthropométrique, bien qu'il n'ait aucune véritable formation photographique. Outre les photographies qu'il prend dans le cadre de ses fonctions, il réalise de nombreux clichés pour les SS, en premier lieu pour Rudolph Höss (commandant du camp d'Auschwitz) pour qui il fait de nombreuses photos de ses enfants dans le jardin de sa maison située tout près de Birkenau.
Pour info, cette maison est le sujet central du film de Jonathan Glazer "La Zone d'intérêt", primé aux Oscars en 2024.
Photographie de Rudolph Höss en famille, dans son jardin par Bernhard Walter
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Caricature de Bernhard Walter
"Chauffeur d'Etat-Major de la Kommandantur, homme à tout faire, sait tout : distribue volontiers des cigares à ceux qui ne veulent pas fumer. Connu comme photographe de presse lors de toutes les manifestations, importantes ou non, ne fume pas, ne boit pas, excellent compagnon et faiseur de grimaces."
Bernhard Walter comparaît lors du procès de Francfort le 13 août 1964 mais nie être allé sur la rampe photographier les étapes de la "sélection". Il précise cependant le fonctionnement du service Anthropométrique du camp.
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Ce Mémorial est tellement documenté qu'il faudrait plusieurs jours pour en faire le tour.
Nous reprenons notre bus dont l'arrêt est situé en face l'Hôtel de Ville de Paris et à la statue équestre d’Étienne Marcel, Prévôt des marchands qui a porté la volonté des marchands et de la bourgeoisie de Paris de se révolter contre un pouvoir royal, entre 1356 et 1358.
On en apprend des choses sur le net...
Ce sera tout pour cette matinée. Un peu de légèreté s'impose, non ?
Il est l'heure de déjeuner : ça tombe bien nous avons dégoté, tout à fait par hasard, une excellente crêperie. "Maison Bretonne" est au 5 rue de Rivoli, tout à côté du métro Saint-Paul.
je vous la conseille pour ses galettes super croustillantes et ses excellentes crêpes sucrées.
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C'est d'ailleurs tellement bon ici qu'on y est retourné aux vacances de Toussaint avec Louis et qu'on y retourne demain avec la famille de Bernard.