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Publié par Tolbiac204

10 août 2026 : ce matin du mois d'août 2026, Antoinette - avec laquelle je randonne maintenant quand je suis en Bourgogne - m'emmène faire "l'ascension" du mont Lassois qui culmine dans la plaine de Châtillon-sur-Seine à 306 mètres 😉.

Parties de Courcelles à 8h pour éviter la chaleur caniculaire qui s'est abattue sur la France cet été, nous nous dirigeons vers Vix, un petit village situé à 2 km de Courcelles, dominé  par le mont Lassois.

La mare de Courcelles, son lavoir et son superbe saule pleureur

La chapelle Sainte-Anne de Courcelles (ici, vue depuis le chevet) n'est ouverte que pour les cérémonies religieuses, plus une fois ou deux l'été à l'occasion de "Un jour, une église" où des bénévoles sont chargés de la faire visiter aux touristes de passage.

Depuis quelques années, des pancartes indiquent aux cyclistes les itinéraires longeant la Seine. Des tournesols à gauche, des tournesols à droite, la campagne est jolie cet été.

Il va falloir attendre le mois d'octobre pour les récolter.

L'entrée du village de Vix

Un peu plus loin, le pont qui traverse la Seine : celle-ci n'est pas très haute mais elle a le mérite de couler ici contrairement à Châtillon où on a du mal à la voir.

Pas de doute, nous sommes bien au bon endroit : une pancarte indique ici la direction du Mont Lassois. J'adore ces maisons de pierre sèche couvertes de tuiles et même parfois de lauzes. Malheureusement elles sont parfois en péril car non entretenues...

Le mont Lassois avec la Seine au premier plan qui croise la route - Chantier de l’université de Vienne : vue du nord-est depuis un drone - Cliché : G. Raab

Au loin sur la gauche, les jumeaux de Massingy : une vraie bourguignonne n'est-ce pas ?

La découverte du trésor

Ce qu'en disent les archéologues

Pour l'instant, nous sommes dans la plaine, au pied du mont Lassois : un premier panneau d'information posé par l'Office de Tourisme de Châtillon-sur-Seine (abréviation OT) - il y en aura tout au long de notre parcours - indique qu'ici a été découvert par l'archéologue René Joffroy épaulé par Maurice Moisson, agriculteur à Vix et chef de chantier de René Joffroy, un trésor archéologique le 3 janvier 1953. Il s'agit d'une riche tombe féminine, celle de la "Princesse de Vix", une tombe celte datant du premier Age du Fer (500 ans avant J.-C.), première sépulture intacte découverte sur le sol français : évidemment, cette découverte "fait un tabac" dans le monde des historiens et, vous vous en doutez, ici en Côte d'Or et plus précisément à Vix et à Courcelles où demeure la famille de Philippe.

Au gauche du panneau, c'est la Princesse de Vix elle-même qui raconte son histoire.

"Ma cité occupe une butte puissamment défendue. Derrière ses remparts, elle abrite un port, des quartiers d'habitation et d'artisanat et, en son sommet, des palais et nos réserves de vivres stockées dans de vastes greniers. Entendez-vous l'écho des forgerons martelant le fer ? D'ici vous pourriez presque voir l'activité incessante du port qui voit passer des marchandises venus des mondes étrusque, grec et d'autres régions du domaine hallstattien."

Vous voyez cette route sur la gauche du calvaire, c'est celle que nous allons prendre Antoinette et moi : elle conduit à l'église Saint-Marcel entourée de son cimetière.

La route commence par monter en pente douce.

Mais quand on arrive presque au but - et qu'on est en voiture - il faut passer la première en n'oubliant pas de serrer les fesses et/ou de faire une petite prière à Saint-Christophe afin de ne pas caler en pleine pente car celle-ci est très forte 🤣 !

Cette fois-ci, à défaut de serrer les fesses, j'ai pas mal soufflé avant d'atteindre le but.

Le départ du circuit

J'ignorais complètement que ce chemin barré d'une chaîne qu'Antoinette m'ouvre gentiment conduisait en haut à un plateau sommital d'une surface de 5 ha.

La chaîne est plutôt symbolique car il suffit aux parapentistes qui s'élancent du haut du plateau à la recherche de sensations fortes de l'ouvrir pour laisser passer leurs voitures.

Un peu plus loin sur la gauche on peut apercevoir l'église Saint-Marcel qui date du XIIe siècle à travers une trouée dans les arbres. Voilà pourquoi on parle parfois de mont Saint-Marcel alors qu'il s'agit en fait du mont Lassois.

On monte en pente douce encore un petit peu...

Et on arrive sur le plateau dont voici ici le plan : les flèches numérotées indiquent les endroits où l'OT de Châtillon a posé des panneaux explicatifs.

Approchons nous de celui-ci : il va sans doute nous en dire un peu plus.

Les greniers collectifs

Ce qu'en disent les archéologues

Au Sud du plateau, les archéologues ont découvert un nombre important de trous de poteaux. Ces trous ont livré de l'orge calcinée. Ces découvertes orientent les archéologues vers l'hypothèse de grands greniers collectifs bâtis sur pilotis (voir la photo ci-dessous).

Quant à la Dame de Vix...

"Près de 5000 personnes vivent sur le mont Lassois, dont 500 à 600 sur le plateau, dans le secteur réservé à l'aristocratie. Il faut bien les nourrir ! C'est ici que nous avons installé des greniers collectifs qui abritent nos réserves de céréales et nos vivres. Ils sont ingénieusement construits sur pilotis, à l'abri de l'eau et des prédateurs."

L'organisation urbaine de la cité princière

Mais comment comprendre la vie d'une cité pour laquelle il n'existe aucune trace écrite, aucune archive ni aucune image : une belle énigme n'est-ce pas ?

Ce qu'en dit l'archéologie...

Depuis les premiers tessons de céramique découverts dans les années 1930, les moyens techniques utilisés par les archéologues ont heureusement évolué. Aujourd'hui la prospection géophysique offre une vision précise de la structure des sous-sols, montrant ainsi les traces d'une organisation urbaine particulièrement structurée. Même si seulement 10 à 15% du site ont été fouillés à ce jour, ces analyses orientent précisément les nouvelles recherches et fouilles à mener.

La version de la Princesse de Vix

"Notre cité princière s'organise autour d'une large voie centrale orientée nord-sud (voir photo ci-dessous) desservant des maisons entourées d'enclos. Ceux-ci abritent quelques cultures potagères, vergers et animaux domestiques. Au centre du plateau, l'un de ces enclos protège nos Palais absidiaux. Le plus grand de ces bâtiments peut accueillir à l'occasion de cérémonies et d'événements festifs jusqu'à 500 personnes."

L'OT de Châtillon a bien fait les choses : une table et des chaises pour admirer ce superbe paysage donnant sur la campagne environnante

Vue sur le village de Vix

Zoom sur la sablière près du village de Vix

Le village de Vix de plus près

Un système défensif dissuasif

La version des archéologues

Alors que l'on pensait avoir localisé le centre du pouvoir sur ce plateau supérieur avec le Palais, la découverte en 2018 d'un grand bâtiment d'environ 32 mètres de long, en contrebas de la citadelle, invite à imaginer un autre pôle aristocratique. Il s'agit sans doute de la résidence des dignitaires qui devaient contrôler le port.

Celle de la Princesse de Vix maintenant...

"Pour défendre une cité comme la nôtre, protéger notre port, nos richesses et notre communauté, nous avons creusé de larges fossés, érigé de solides remparts surmontés de palissades et de chemins de ronde. Jusqu'à présent, cette stratégie s'est avérée efficace puisque cet impressionnant système de défense a dissuadé toute velléité d'attaque."

Antoinette regarde les conseils prodigués aux parapentistes qui s'élancent depuis ce plateau.

En principe, ces derniers s'élancent du plateau et reviennent y atterrir mais..., si les vents sont contraires, il faut savoir où se poser...

On continue toujours le chemin, à plat...

Une topographie favorable

La thèse des archéologues

Les Hallstattiens se sont installés sur des emplacements stratégiques. A Vix, le lit de la Seine devient trop peu profond : il faut donc changer de moyen de transport.

En établissant un port fortifié, les Hallstattiens apportaient une sécurité aux marchands et contrôlaient les échanges sur les voies de circulations nord-sud et est-ouest.

Ici, transitaient des matières premières, des objets de prestige, grecs et étrusques, et probablement des esclaves. En -500 Vix faisait ainsi figure d'autorité dans les affaires commerciales du territoire : est-ce dans ce contexte que le cratère, considéré comme cadeau diplomatique, arriva jusqu'ici ?

Et la Princesse de Vix, qu'est-ce qu'elle en dit ?

"Notre peuple n'a pas choisi ce site par hasard. Il y a ici une terre fertile, un site de hauteur, dominant la vallée de la Seine, pour construire une cité bien protégée, mais surtout un carrefour d'échanges stratégique. Les marchandises venues des régions méditerranéennes, empruntent le Rhône puis la Seine jusqu'ici. Le lit du fleuve devient alors trop peu profond et c'est dans notre port que sont déchargées ou transbordées les cargaisons. Profiter de ces relations commerciales et les entretenir a largement contribué à notre prospérité !"

Les denrées grecques arrivaient par Massalia (Marseille aujourd'hui) et remontaient le Rhône puis la Seine avant d'arriver au port de Vix. La tache en forme de haricot représente toute la zone d'influence concernée par les échanges commerciaux avec les pays méditerranéens.

Vue sur le village de Pothières

A droite la maison blanche est l'ancienne abbaye bénédictine où Jeanne-d'Arc s'est arrêtée le 26 février 1429 en provenance de l'abbaye de Clairvaux, en route pour Auxerre.

Au centre, la ferme du Bois de Vesvres et, tout à fait à gauche de la photo, le village de Bouix

J'ai trouvé sur le site du musée de Vix (cliquez ICI pour y accéder) une reconstitution de ce que pouvait être le plateau du mont Lassois il y a 2500 ans avec une partie de ses constructions : il s'agit sans doute d'une vue d'avion retravaillée à l'aide de l'IA car on peut y voir l'église Saint-Marcel sur les flancs du mont (Klaus Rothe, sur la base d'une photographie de René Gauguey)

Nous quittons ces beaux paysages pour redescendre à notre point de départ où se trouvent le cimetière destiné aux habitants des communes de Vix et d'Etrochey et l'église Saint-Marcel.

Sur le poteau supportant la grille du cimetière, une plaque indique qu'ici est inhumé Maurice Moisson, le premier découvreur de la tombe de la Princesse de Vix.

La tombe de Maurice Moisson

En ressortant du cimetière, nous prenons sur la droite afin de terminer ce parcours d'interprétation du "mont Lassois Princesse de Vix" créé par l'Office de Tourisme de Châtillon.

 Un dernier panneau nous y attend. Un couple a sans doute passé la nuit ici dans ce van. Des jeunes viennent aussi parfois s'y regrouper pour échanger autour d'un feu de bois et d'une bonne bière : le site est discret...

La tombe de la Princesse de Vix

Vue par les archélogues

Celui-ci parle de la découverte en 1953, dans la chambre funéraire d'un tumulus affaissé situé dans la plaine au pied du mont Lassois, d'une dépouille de femme datant de 2500 ans avant notre ère. A en juger par la richesse du mobilier qui l'accompagnait, cette femme dite "princesse de Vix" devait occuper un très haut rang au sein de cette peuplade celte qui faisait des échanges commerciaux avec le monde méditerranéen.

La parole à la Dame de Vix

"Ici, en contrebas, se trouve notre nécropole. Les plus éminents d'entre nous y sont inhumés avec leurs biens les plus précieux. Nous construisons des chambres funéraires recouvertes de terre formant ainsi un large tumulus pouvant atteindre jusqu'à 40 mètres de diamètre."

Mais tout le monde ne monte pas sur le plateau...

D'où ce résumé qui présente, en plus, les deux objets les plus exceptionnels trouvés dans la tombe de la princesse : un cratère mesurant 1,64 m de haut et pesant plus de 200 kg et un torque en or de 480 g malheureusement récemment volé en plein jour aux yeux et à la barbe du personnel du musée de Châtillon dont la surveillance avait pourtant été renforcée tout récemment à grands frais.

Le cratère de Vix servait à mélanger le vin et l'eau lors des banquets grecs (les symposiums).

Le torque d'or de la "princesse de Vix"

La plupart des archéologues le considèrent comme un collier rigide ouvert, traditionnellement porté autour du cou par les élites celtes,

tandis que Catherine Monnet, ancienne conservatrice en chef du musée de Châtillon-sur-Seine, penche elle pour un diadème conçu pour sublimer la tête de la célèbre « Princesse de Vix » (c'était la position initiale de René Joffroy lors de la découverte de la chambre funéraire).

Paris Match en avait fait à l'époque la Une de son journal.

Une table d'orientation y a été installée depuis fort longtemps : elle offre une vue imprenable sur la plaine de Châtillon.

Le beau sourire d'Antoinette à qui je dois cette belle balade.

Petit selfie des deux randonneuses

Une très agréable randonnée en bonne compagnie : merci Antoinette !

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