☻ Un jour, une église : Saint-Nicolas de Châtillon-sur-Seine
4 juillet 2025 - Depuis quelques années, le département de la Côte d'Or organise, à l'instar de son voisin l'Aube qui en est l'initiateur, des visites d'églises en été. La manifestation s'appelle "Un jour, une église" et comme son nom l'indique, il s'agit d'églises qui ouvrent pour la circonstance, la visite étant guidée par un bénévole, formé si besoin est. Mais aujourd'hui, pas besoin de formation pour Dominique Masson, ancien professeur d'Histoire-Géographie à Châtillon et érudit notoire local qui est notre guide bénévole pour l'église Saint-Nicolas située en plein centre-ville.
Je suis arrivée un peu en avance pour faire des photos de l'environnement.
Voici la maison Philandrier, devant laquelle il faut passer pour accéder à Saint-Nicolas. Cet hôtel particulier de style Renaissance datant du XVIe siècle est souvent présenté à tort comme la maison de Guillaume Philandrier né en 1505 à Châtillon-sur-Seine qui était un humaniste et ami de François Rabelais. Sa tourelle d'angle abrite un escalier en colimaçon. La maison Philandrier, après avoir hébergé pendant longtemps le musée de Châtillon, est maintenant le siège de l'Office de Tourisme.
/image%2F0655639%2F20250706%2Fob_feaafa_1.jpg)
Dans le petit jardin qui le borde, une sculpture allégorique due à Renald Pierre, né en 1988 à Châtillon, représente la ville de Châtillon ainsi que les trois villes avec lesquelles elle est jumelée.
/image%2F0655639%2F20250706%2Fob_6bec38_2.jpg)
Il s'agit de Walcourt et d'Esneux en Belgique, et de Ratzeburg en Allemagne.
/image%2F0655639%2F20250706%2Fob_43679c_3.jpg)
Dominique Masson nous fait tout d'abord faire le tour de l'église, nous montrant moult photos anciennes et nous explique que l'église, construite à la fin du XIIe siècle, était autrefois la chapelle de l'hôpital Saint-Germain aujourd'hui disparu. Ce dernier accueillait les pèlerins allant à Vézelay, l'un des points de départ du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle.
Voici l'entrée principale de l'église avec son porche roman surmonté d'une statue de Saint-Nicolas qui a dû être surélevée car elle remplace probablement une plus grande statue aujourd'hui disparue.
Le porche, de style roman avec double voussure, porte quatre colonnes dont les bases sont enterrées (la nef a été rehaussée aux XVIe et XVIIe siècles pour éviter les inondations). Celles-ci sont surmontées de chapiteaux moyenâgeux très simples ornés de "feuilles d'eau" et peut-être de "crochets" (j'ai un peu oublié les explications du guide)...
Son chœur ayant été remanié au XVe siècle et doté de deux chapelles latérales, l'édifice devint le théâtre d'événements majeurs dans l'histoire de la Maison de Bourgogne. On y déposa le corps de Philippe le Hardi en 1404, Jean sans Peur y fit célébrer les funérailles de ses frères avec magnificence en présence de toute la noblesse de Bourgogne après la bataille d'Azincourt et en 1422, ce sont les obsèques de l'épouse de Philippe le Bon qui y eurent lieu. En 1597, la peste emporta une grande partie de la population châtillonnaise et l'on décida de transporter les reliques de Saint-Vorles à Marcenay : le voyage dura trois jours pendant lesquels la cloche de Saint-Nicolas retentit sans interruption. Quant à l’empereur d’Autriche, il vint en 1815 assister à la messe de Pâques.
Faisant le tour de l'église, nous passons dans le petit jardin qui la borde, face à la maison Philandrier,
et Dominique Masson nous dit que ces "passages" permettaient autrefois de contourner l'église qui était cernée par des maisons de toute part.
Sur les murs de l'église, quelques photos anciennes illustrent ce passé disparu.
L'église, d'abord succursale de l'église-mère Saint-Vorles, ne devint paroissiale qu'en 1807. A l'origine, la façade était entourée de deux tours rondes. Une seule subsiste au Nord, rehaussée pour abriter l'horloge.
/image%2F0655639%2F20250713%2Fob_9a49d5_chatillon-sur-seine-eglise-saint-ni.jpg)
Malheureusement, à l'intérieur elle est très sombre, éclairée que pendant les messes.
/image%2F0655639%2F20250711%2Fob_197307_12.jpg)
Les vitraux de l'abside, au nombre de cinq, sont du XXe siècle. A gauche, Saint-François-de- Sales et Saint-Joseph, à droite Saint-Pierre et Saint-Bernard, au centre la Vierge et l'enfant Jésus et Saint-Nicolas, patron de l'église, que l'on reconnait aux trois petits enfants de la chanson bien connue de tous. Dominique Masson nous explique qu'en réalité il se serait agi de trois officiers de l'armée emprisonnés par l'empereur Constantin (début du IVe siècle) et condamnés à mort : ce dernier vit en songe Nicolas, évêque de Myre, lui ordonnant de libérer les officiers.
En-dessous, une série de cinq tableaux peints par Emile Pierre de la Montagne, un peintre belge, ont été restaurés en 2014. Photo Cristaldesaintmarc
/image%2F0655639%2F20250711%2Fob_99ff12_tableaux-du-choeur-cristaldesaintmarc.jpg)
Ils s'inspirent d'une œuvre majeure de Raphaël : La dispute du Saint-Sacrement qui orne la chambre de la Signature au Vatican.
/image%2F0655639%2F20250712%2Fob_5eb497_la-dispute-du-saint-sacrement-vatican.jpg)
Dominique Masson nous montre aussi dans le transept Nord la verrière représentant un Arbre de Jessé (1530-1540) dont l'histoire s'inspire d'une prophétie d'Isaïe : "Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton sortira de ses racines."
Il montre la généalogie de la Vierge et du Christ : Jessé est le père du roi David et sa descendance mène jusqu’à la Vierge et au Christ, les inscrivant ainsi dans l’histoire humaine et dans une lignée royale.
Il me semble que notre guide nous a dit qu'il s'agissait de vitraux restaurés en 1868 par Léon Auguste Ottin. C'est peut-être pour cela qu'ils sont un peu difficiles à identifier...
/image%2F0655639%2F20250712%2Fob_640dbf_chatillon-sur-seine-saint-nicolas-vitr.jpg)
En bas du vitrail on voit au centre Jessé plongé dans un sommeil extatique et on devine dans son dos le tronc de l'arbre qui couvre le vitrail central. Jessé est entouré de deux prophètes, probablement Isaïe et Jérémie.
/image%2F0655639%2F20250712%2Fob_dc62f2_jesse.jpg)
Au centre, la lignée des rois d'Israël : en bas à gauche, on reconnait David avec sa harpe, et à droite le phylactère de Salomon. Au centre, Ézéchias en habits royaux.
/image%2F0655639%2F20250712%2Fob_c97930_les-rois-d-israel.jpg)
Tout en haut du vitrail au centre, la Vierge, et le Christ dans ses bras
/image%2F0655639%2F20250712%2Fob_4dc40a_la-vierge.jpg)
A côté de l'Arbre de Jessé, une sculpture baroque représente la Vierge, Reine des Anges.
Nous continuons notre tour de l'église, voûtée sur croisées d'ogives à clefs pendantes ornementées. Hélas l'éclairage manque beaucoup...
et passons devant un vitrail représentant Saint-André (1549). Selon la légende, il aurait été crucifié à Patras sur une croix en forme de X.
/image%2F0655639%2F20250713%2Fob_1bba26_20.jpg)
Le vitrail suivant représente une famille de donateurs, un couple accompagné de ses six fils et de ses deux filles, tous en prière.
/image%2F0655639%2F20250713%2Fob_610320_23.jpg)
Les deux panneaux qui les surmontent représentent Saint-Côme et Saint-Damien, face à face, tenant des fioles. Il est supposé que le vitrail fut offert à l'église par un apothicaire. En effet, barbiers, chirurgiens, médecins formaient une corporation dont les armoiries étaient "d'azur à un saint Cosme, vêtu en docteur et tenant une fiole, le tout d'argent."
/image%2F0655639%2F20250713%2Fob_01265e_22.jpg)
Sur la chaire de style Louis XIV, sculptée par Schanonsky en 1900, sont représentés les quatre évangélistes.
Juste en face, une croix dont la base a subi l'incendie du 15 juin 1940 lors du bombardement de Châtillon par l'aviation allemande : la flèche du clocher s'effondra, communicant l'incendie aux boiseries et la grosse cloche en tombant s'écrasa dans la nef.
Il faut savoir qu'à l'époque, les prêtres prêchaient en chaire et pouvaient ainsi regarder Jésus sur la croix. D'après ce que j'ai compris, les fidèles faisaient également face à la chaire et non, comme c'est actuellement, face à l'autel (?)
La destruction de Châtillon-sur-Seine vue depuis l'église Saint-Nicolas - Photo Cristaldesaintmarc
/image%2F0655639%2F20250713%2Fob_74e745_bombardement-juin-1940.jpg)
Au fond de l'église, les fonds baptismaux
Au-dessus, un vitrail du XVIe siècle qui représente une Vierge à l'enfant.
/image%2F0655639%2F20250714%2Fob_5c18f6_28.jpg)
L'autre verrière remarquable de l'église Saint-Nicolas (1535-1540) est celle du "miracle du pendu-dépendu" qui se trouve dans le transept Sud qui se lit telle une vraie bande dessinée, de haut en bas. Il s'agit de mettre en garde les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle contre les mauvais agissements d'aubergistes peu scrupuleux et de glorifier la résistance à la tentation de luxure.
A cette époque (XVIe siècle), Châtillon-sur-Seine se situait en Champagne : la verrière est l’œuvre d'artisans vitraillistes de Troyes, autrement dit des spécialistes.
L'histoire en est la suivante : en 1130, Hugonel, jeune allemand allant à Saint Jacques avec ses parents, s’arrêta pour passer la nuit dans une auberge à Santo Domingo de la Calzada dans le nord de l'Espagne. Une jeune servante lui fit des avances, qu’il repoussa. Éconduite, elle cacha dans son bagage de la vaisselle d'argent. Au moment du départ, elle l’accusa du vol du plat. Il fut condamné et pendu pour ce vol qu’il n’avait pas commis.
Les parents éplorés continuèrent leur pèlerinage et prièrent Saint-Jacques. À leur retour de Compostelle, ils entendirent leur fils dire du haut du gibet qu'il vivait, car saint Jacques le protégeait. Émerveillés, ils s'adressèrent à l’alcade (de l’arabe al cadi : le juge) alors qu'il était en train de déguster un coq et une poule rôtis, qui leur répondit avec ironie : « Si votre fils est vivant, cette poule et ce coq se mettront à chanter dans mon assiette. » Ce qu’il advint : le coq chanta et la poule caqueta. L’alcade bouleversé fit dépendre le jeune homme et pendre à sa place la fautive.
En haut de la verrière, Saint-Jacques le Majeur entre Saint-Michel qui terrasse le dragon à gauche et Saint-Christophe portant l'enfant Jésus à droite - Photo Cristaldesaintmarc
/image%2F0655639%2F20250713%2Fob_e2be8d_vitrail-du-pendu-dependu-1.jpg)
- « Comment le père et la mère de l’enfant partirent pour aller à Saint-Jacques et demandèrent à loger à l’hôte »
/image%2F0655639%2F20250713%2Fob_4125e8_vitrail-du-pendu-dependu-2.jpg)
- « Comment la chambrière mit la tasse dans la mallette de l‘enfant »
/image%2F0655639%2F20250713%2Fob_9de1ce_vitrail-du-pendu-dependu-3.jpg)
- « Comment le père et la mère trouvèrent l’enfant pendu par la justice » (On aperçoit Saint-Nicolas auréolé qui soutient les pieds de l'enfant pour le sauver)
- Le quatrième : « Comment miraculeusement le coq chanta dans l’âtre, par-devant le juge »
/image%2F0655639%2F20250713%2Fob_7773e7_vitrail-du-pendu-dependu-5.jpg)
- Le cinquième : « Comment l’enfant fut miraculeusement dépendu de la justice »
Nous arrivons à cette statue polychrome représentant l'éducation de la Vierge par Sainte-Anne. Notre guide nous fait toucher le dessous de la manche de la Vierge pour sentir les petits boutons de sa robe : le goût du détail... - Photo Wikipédia
/image%2F0655639%2F20250713%2Fob_ba1839_chatillon-sur-seine-saint-nicolas-stat.jpg)
Avant de ressortir, Dominique Masson nous fait remarquer que les morts des trois guerres (1870 - 1914 - 1940) sont honorés dans l'église, ce qui est rare.
Voici la liste de ceux de 1870 (il me semble).
En haut, les armes de la ville de Châtillon sont présentées par deux angelots.
/image%2F0655639%2F20250713%2Fob_4631bb_24.jpg)
En bas, un ange, tout à fait gracieux, tient un phylactère.
/image%2F0655639%2F20250713%2Fob_56d508_25.jpg)
La visite est finie !
Je suis devenue incollable sur l'église Saint-Nicolas 😊