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Publié par Tolbiac204

13 juin 2025 - Aujourd'hui vendredi, il fait une chaleur suffocante sur Paris (aux alentours de 32°C) et j'hésite longtemps avant de me décider à rejoindre la place Clichy par le métro, départ de cette balade préparée de longue date par Anne-Marie, responsable de l'atelier "Petites promenades dans Paris" à Générations 13.

Le bénévolat, je sais le travail que cela représente et je respecte celui de mes collègues 🙂.

Nous sommes tout de même quelques courageuses à avoir bravé la chaleur : Anne-Marie nous a réunies devant la brasserie Wepler (du nom de l'allemand Conrad Wepler, marchand de vin-traiteur qui l'a fondée en 1832). D'abord installée aux Batignolles, le Wepler ouvre sur la place Clichy en 1892 avec pour spécialité les fruits de mer.

Cet endroit est fréquenté à l'époque par de nombreux artistes comme Guillaume Apollinaire, Pablo Picasso, Amedeo Modigliani, Henri de Toulouse-Lautrec, Maurice Utrillo (le fils de Suzanne Valadon dont vous avez peut-être vu la belle exposition dernièrement au Centre Pompidou), et d'autres encore.

Edouard Vuillard a peint le café Wepler en 1908 -1910 (Cleveland Museum of Art)

Quant à la place Clichy, la voici représentée par Pierre Bonnard en 1912, depuis la terrasse du Wepler justement. Le tableau se trouve au musée des Beaux-Arts de Besançon.

Il y a aussi eu Paul Signac qui l'a peinte en 1888 (Metropolitan Museum of Art).

La statue au centre de la place est un monument au Maréchal Moncey qui défendit Paris contre les troupes russes en 1814 à l'endroit de la barrière de Clichy. C'était l'époque des guerres napoléoniennes au terme desquelles Napoléon Ier abdiqua.

La barrière de Clichy était l'une des barrières d'octroi du mur des Fermiers Généraux séparant la capitale de la banlieue depuis 1790 comme nous le montre Anne-Marie sur cette carte. A l'extérieur de la barrière, le vin était moins cher ! C'est pourquoi nombre de guinguettes y étaient installées.

Le monument, dû à Amédée Doublemard, représente le Maréchal Moncey, sabre à la main, devant une allégorie de la Ville de Paris ceinte d'une couronne en forme de tour et brandissant l'aigle impérial. L'aigle, c'est celui de Napoléon III sous le règne duquel fut érigé la monument en 1869.

Sur le boulevard de Clichy voisin, une étrange sculpture intitulée "Les quatre pommes" rend hommage à Charles Fourier dont la statue - due à Emile Derré - a été fondue en 1942 sous le régime de Vichy.

Charles Fourier est un précurseur de la pensée sur l'organisation du travail et les relations entre l'individu et la société.

Fourier voit un jour dans un restaurant parisien un client dont la légende veut qu'il s'agisse du gastronome Brillat-Savarin, son beau-frère, payer une pomme 14 sous alors qu'à Rouen, d'où lui-même vient d'arriver, cette somme permettait d'en acheter une centaine. Pour lui, une telle distorsion des prix révèle un « désordre fondamental » qui condamne toute société fondée sur l'échange monétaire et la concurrence. Ce constat lui inspire l'idée des quatre pommes qui jalonnent l'histoire de l'humanité :

  • celle qu'Eve offrit à Adam ;
  • celle que Pâris offrit à Aphrodite ;
  • celle qu'Isaac Newton reçut sur la tête en dormant ;
  • et la quatrième, la sienne, la pomme de Fourier, qui lui révéla la nocivité du commerce et, en même temps, symbole de l'attraction des passions humaines.

Revenons sur terre...

Mais que regarde donc Annette ? Notre parcours, dont Anne-Marie nous dit qu'il va être jalonné de pancartes de la sorte nous donnant des indications sur les artistes qui y ont vécu et travaillé.

Paul Signac loue un atelier au 130 boulevard de Clichy de 1886 à 1888.

Le boulevard de Clichy sous la neige - Paul Signac (1886)

Fort charmante cette petit impasse que nous empruntons à l'arrière de la place Clichy et loin du bruit des voitures.

Aux numéros 7 et 9 de l'avenue de Clichy, devant ce magasin de vêtements pour homme, deux pelles Stark indiquent l'emplacement de l'ancien café Guerbois et du cabaret du Père Lathuille.

Une page de l'histoire de l'art s'est écrite dans ce café de quartier aujourd'hui disparu qu'Edouard Manet fréquente assidument à partir de 1863,  café qui était voisin de la boutique de M. Hennequin, son marchand de peintures et de pinceaux.

Progressivement, un groupe de jeunes artistes se forme autour de lui : on  le nomme "Le groupe des Batignolles" ou "La bande à Manet" : Bazille, Degas, Renoir, Fantin-Latour, Pissaro, Monet, Cézanne et bien d'autres. Ils se réunissent tous les vendredi soir, toujours à la même place : deux petites tables à gauche de l'entrée. Souvent des amis écrivains comme Emile Zola ou Louis Edmond Duranty - critique d'art - participent à ces réunions.

Quant au cabaret du Père Lathuille, il était très célèbre puis il devint un restaurant. Situé juste après la barrière de Clichy, il échappait ainsi aux taxes parisiennes sur le vin. Lors de la défense de Paris le 30 mars 1814 le Maréchal Moncey y établit son commandement. Devant l’arrivée des ennemis, le Père Lathuille distribua aux soldats français sa marchandise en leur disant : « Buvez, mes amis, buvez gratis ; ne laissez pas aux cosaques une seule bouteille de mon vin ».

Sur place, seul ce dessin sur la pelle en marque le souvenir.

Anne-Marie nous montre le tableau de Manet intitulé "Chez le père Lathuille" (1879) qui a heureusement immortalisé le souvenir de ce lieu.

On y voit un couple partageant un verre. Un homme regarde en levant les yeux une femme très habillée, probablement d’une condition sociale supérieure à la sienne. Un serveur se tient à disposition, tenant dans sa main une chocolatière. L’établissement semble très ouvert. Ainsi, tout en étant en pleine ville, on peut encore profiter d’un cadre de jardin, fleuri et vert.

Joli bow-window, n'est-ce pas ?

Trois petits tours... et nous revoici au métro Clichy.

Pour rester dans l'architecture, Anne-Marie nous fait remarquer cet immeuble moderne aux lignes épurées, une œuvre de l'architecte Michel Roux-Spitz.

Elle nous fait aussi remarquer les petits immeubles datant du XIXe siècle reconnaissables à leurs volets de bois.

Que rêver de mieux comme décor pour cette photo du groupe 😊

D'aucuns diraient : "Circulez, y'a rien à voir" !

Mais si ! La plaque située au-dessus de la porte cochère du 26 rue L’Écluse, au coin de la rue des Dames, indique que Paul Verlaine y habita pendant cinq ans, de 1865 à 1870.

L'avantage des visites guidées c'est qu'on ne loupe rien !

La rue des Dames porte ce nom du fait qu'elle conduisait autrefois à l'abbaye des Dames de Montmartre (des Bénédictines). Celle-ci, fermée à la Révolution, fut détruite en 1794. L'église Saint-Pierre, derrière Saint-Pierre de Montmartre, en est le seul vestige actuel.

Empruntant la rue Lemercier, un "immeuble à statues" voisine avec un autre possédant un façade particulièrement sculptée.

Il s'agit d'une architecture néo-classique, très chargée mais non sans charme.

La rue de la Condamine que nous empruntons maintenant tire son nom d'un géodésien et naturaliste français, Charles Marie de la Condamine (1701-1774).

Marylène est plongée dans la lecture de l'affiche sur Frédéric Bazille.

L'atelier de la rue de la Condamine - Frédéric Bazille (1870)

La toile montre l'artiste entouré de quelques amis dans un de ses ateliers. Les amis représentés sont les peintres Edouard Manet et Pierre Auguste Renoir. À droite, le musicien Edmond Maître joue du piano. À gauche, Emile Zola est dans l'escalier, dialoguant avec Auguste Renoir, assis sur une table sous ce même escalier.

Anne-Marie nous montre aussi cet autre tableau, de Fantin-Latour intitulé "Un atelier aux Batignolles (1870).

Au 53-55 de la rue Lemercier, un bel immeuble de l'époque Art-déco

Le petit café de la rue Legendre l'a échappé belle ! Pour combien de temps encore... ?

Depuis le croisement, on a une belle vue sur le "nouveau" Tribunal de Paris reconnaissable à ses deux tours végétalisées.

Ici, se situait autrefois un ancien commissariat de police nous dit Anne-Marie. C'est vrai que le haut de la porte est en forme de chapeau de gendarme.

Elle en sait des choses, Anne-Marie...

Nous tournons dans la rue Nollet.

Si on regarde bien, au-dessus de l'enseigne de cette papeterie, on voit deux noms gravés dans la pierre : il s'agit des noms des rues de l'ancien village des Batignolles. La rue Nollet s'appelait autrefois rue Saint-Louis et la rue Legendre rue d'Orléans.

Anne-Marie nous dit qu'on pouvait entrer, il y a une dizaine d'années, dans ce square situé rue Legendre qui est désormais privé.

Faisant un petit détour par la rue Lamandé nous voici devant l’École polonaise des Batignolles. Une jolie grille en fer forgé en clôt la petite cour. Créée en 1842 à Châtillon-sous-Bagneux à l'initiative de membres de l'émigration polonaise en France, elle emménage ici en 1844.

La "Grande immigration" concerne plusieurs milliers de Polonais suite à l'insurrection de Novembre 1930 contre le tsar Nicolas Ier qui était alors roi de Pologne, insurrection qui se termine par la chute de Varsovie.

Dans la rue Bridaine, plusieurs façades remarquables, telles celle de cet immeuble haussmannien.

Pas mal non plus celui-ci, non?

Le petit village des Batignolles, à l'origine d'une centaine d'habitants, passe en 1824 à plus de 5000 habitants. Une souscription est alors lancée pour la construction d'une église mais la somme réunie ne permet que la construction d'une chapelle. La principale donatrice fut la dauphine Marie-Thérèse en l'honneur de laquelle celle-ci prend le nom de Sainte-Marie. En 1839, la population croissant encore, l'architecte Paul-Eugène Lequeux y adjoint deux autres chapelles lui donnant l'aspect d'un temple grec.

L'église Sainte-Marie des Batignolles a une particularité : elle n'a pas de clocher (faute de crédits suffisants). Elle possède cependant une cloche, Etiennette, dans un petit campanile construit en 1857. 

Une fontaine providentielle

Là se trouvait autrefois la place de la Promenade où chaque année le premier dimanche après le 15 août la fête patronale du village réunissait les Batignollais. Durant quinze jours, forains, acrobates, clowns, théâtres ambulants, boutiques et attractions les plus variées s'y installaient. Outre ces événements, on organisait également un concours de musiques militaires et des feux d’artifices y étaient également tirés.

Sous Napoléon III, la capitale se dote de nombreux parcs et jardins à l'image des squares anglais : en 1876, l'ingénieur Jean-Charles Alphand transforme la place publique des Batignolles en jardin. Son allée centrale s'appelle Allée Barbara en l'honneur de la chanteuse qui habita tout près.

Barbara évoque d'ailleurs le square des Batignolles dans sa chanson Perlimpinpin qui évoque la guerre (c'est l'époque de la guerre du Viet-Nam).

C'est là que j'ai décroché : plus aucun souvenir de ce qu'Anne-Marie nous a raconté devant ces rails de la gare Saint-Lazare voisine. Heureusement, elle est venue à mon secours, me donnant ces informations :

Les première lignes de chemin de fer ont été construites en France en 1827 autour de Saint-Etienne pour acheminer le charbon des mines.

Le projet d’une ligne pour voyageurs Paris-Le Pecq vit le jour vers 1830. La colline de Monceau, à la sortie de la gare Saint Lazare, posait problème car à l’époque la crémaillère n’avait pas encore été inventée : un tunnel ferroviaire fut donc creusé.

Le creusement du tunnel déclencha hilarité, curiosité et méfiance. Le scientifique François Arago prédit une épidémie de fluxions de poitrine et de pleurésies parmi les imprudents voyageurs. Le Conseil des Ministres interdit même au roi Louis Philippe d’assister à l’inauguration de ce boyau infernal. Ce furent donc la reine Marie Amélie et ses filles, dont les vies étaient semble-t-il moins précieuses, qui se dévouèrent et montèrent dans le train le 24 août 1837.

Il ne reste aujourd’hui qu’une petite partie de ce tunnel. Il a été démoli après l’accident du 5 octobre 1921 qui fit vingt-huit victimes.

Une rivière parcourt le square : comme le Parc Montsouris, le Parc Monceau ou encore les Buttes-Chaumont, celui-ci possède également une cascade, un lac et une grotte.

Je ne rêve que d'une chose, me transformer en canard !

Ici, un Tadorne de Belon : suite à une remarque d'Annie, j'ai regardé le nom de cet oiseau sur Wikipédia et vu que les femelles, presque aussi colorées que les mâles ce qui est rare, ne possèdent par de "caroncule" sur le bec. J'en ai déduit que celui-ci était un mâle.

ou en oie 🤣

Ici, une jeune oie rieuse même si elle ne sourit pas !

Il y a aussi dans ce square des arbres remarquables (des platanes dit l'étiquette) par leur taille et leur âge. Vous remarquerez la barrière en ciment "faux-bois" du petit pont qui traverse la rivière. Très à la mode à l'époque, tous les parcs haussmanniens en ont été pourvus.

Le plan de la balade "tracé" par le téléphone d'Annie : vive le modernisme !

C'est toujours sympathique de se retrouver en petit groupe à la découverte ou à la redécouverte d'un quartier de la capitale.

Merci à Anne-Marie pour la balade

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