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Publié par Tolbiac204

20 août 2026 : Aujourd'hui, profitant du séjour de ma soeur avec nous, nous sommes allés au Musée du Pays Châtillonnais visiter l'exposition consacrée à "Kiki de Montparnasse" qui se tient à Châtillon depuis le mois d'avril dernier et ce jusqu'à la fin 2026.

L'entrée du musée

Le lendemain du vol du torque de la Princesse de Vix : les visiteurs affluent...

Le musée est installé dans les anciens bâtiments conventuels du XVIIIe siècle de l'abbaye Notre-Dame fondée au XIIe siècle par Bernard de Clairvaux.

Après le succès de l’exposition consacrée à Marc Bohan et à ses années chez Dior en 2025 (cliquez ICI pour visionner le retour que j'en ai fait), c'est en effet à une autre figure majeure de la ville, longtemps restée dans l'ombre de ceux qu'elle a inspirés, que le Musée du Pays Châtillonnais s'intéresse aujourd'hui pour la mettre en lumière.

Il s'agit de "Kiki de Montparnasse", née à Châtillon-sur-Seine en 1901 sous le nom d’Alice Prin et qui devient dans le Paris des Années folles l’une des figures les plus emblématiques de la vie artistique française. Muse, modèle, mais aussi artiste à part entière, Kiki de Montparnasse n’avait encore jamais bénéficié d’une exposition d’une telle ampleur. Lui rendre hommage dans sa ville natale constitue à la fois une réparation symbolique et une réinscription dans l’histoire culturelle française et internationale. Libre, audacieuse, insaisissable, elle incarne une modernité féminine en rupture avec les normes de son époque.

Justine Mallard, journaliste Culture/Loisirs au Bien Public, le journal de la Côte d'Or, nous donne trois bonnes raisons d'aller voir l'exposition : ☻ un message de liberté, ☻ un décor immersif, ☻ explorer le destin d'une femme libre et inspirante.

Avouez que ça commence fort avec cette photo de Kiki de dos prise par Man Ray intitulée "Le Violon d'Ingres" (1924), coupée en deux pour accueillir les visiteurs.

 Dans le couloir d'accès à l'exposition une biographie de Kiki de Montparnasse en forme d'éventail, depuis sa naissance le 2 octobre 1901 à Châtillon-sur-Seine jusqu'à son décès le 22 mars 1953 à Paris, en relation avec quelques repères historiques forts : la Grande Guerre (1914-1918), les Années folles (1920-1929), le crack boursier (1929), le Front populaire (1936), et enfin la deuxième guerre mondiale (1940-1945).

Kiki a traversé toutes ces périodes.

Voici son acte de naissance conservé à la mairie de Châtillon : elle est la fille naturelle de Marie Ernestine Prin qui était linotypiste à Paris.

Élevée par sa grand-mère dans une grande pauvreté jusqu'à ses 13 ans, elle rejoint ensuite sa mère à Paris où elle est successivement brocheuse, fleuriste, laveuse de bouteilles chez Félix Potin et visseuse d'ailes d'avion. En 1917, elle est bonne à tout faire chez une boulangère, place Saint-Georges dans le 9e. Se révoltant contre les mauvais traitements qu'elle subit, elle est renvoyée.

Pour gagner de quoi vivre, elle devient modèle posant nue chez un sculpteur, ce qui cause une violente dispute avec sa mère qui l'expulse de chez elle malgré l'hiver. Elle est recueillie par le peintre Chaïm Soutine (1893-1943) et c'est à partir de là que son destin va basculer.

☻☻☻☻☻

Un réverbère à l'ancienne allumé, une colonne Morris présentant les spectacles de l'époque, une terrasse de café, un comptoir de bar : nous voici plongés dès l'entrée dans le Paris des années 1920 grâce à la scénographie de Benoit Duvergé.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les femmes investissent massivement le marché du travail, elles s'émancipent, conduisent, fument, s'adonnent à des sports etc. Il en est de même dans le milieu artistique où elles n'hésitent pas à se mettre en scène.

Kiki de Montparnasse et son amie Thérèse Treize, immortalisées par Man Ray

Kiki est élue Reine de Montparnasse en 1929.

Elle pose pour les plus grands : Man Ray, Tsuguharu Foujita, Chaïm Soutine ou encore Moïse Kisling. Kiki de Montparnasse a marqué les années 1920 de sa liberté et de son audace.

Notre guide-conférencier nous montre un nu de Kiki par Maurice Mendjisky, un peintre juif polonais qui a émigré à Paris dans les années 1920.

Kiki a beaucoup compté dans la vie de Maurice Mendjisky : tous les deux amoureux, ils vivent en couple entre 1918 et 1921. La rupture avec Kiki sera très dure pour le peintre qui choisira alors de partir vivre dans le midi.

J'ai vraiment découvert ici un peintre qui m'a emballée et que je ne connaissais pas du tout.

Maurice Mendjisky (1890-1951) : Kiki à la guitare (1921)

Maurice Mendjisky : Kiki (1921)

Maurice Mendjisky : Kiki

Maurice Mendjisky : Kiki (1921)

Maurice Mendjisky : Fille au chapeau (1919)

Kiki devient ensuite, pour huit ans environ, la compagne et le modèle préféré du célèbre photographe américain, Man Ray, tout fraichement arrivé sur Paris. Celui-ci trouve le physique de sa muse et amante « de la tête aux pieds, irréprochable ».

Kiki, dessin par Man Ray (1929)

Un autre admirateur de Kiki mais cette fois en tout bien tout honneur, le peintre Foujita dont notre guide nous montre ici un portrait.

Foujita : A la Rotonde (1927)

La Rotonde tout comme La Coupole, ou encore le Sélect, sont à Montparnasse des brasseries historiques de la vie parisienne : c'est le rendez-vous incontournable des peintres, écrivains et intellectuels de la bohème des années 1920.

Le peintre sera aux côtés de Kiki jusqu'à la fin où il sera un des seuls à accompagner son cercueil jusqu'au cimetière de Thiais.

Kiki par Foujita (1928)

Mais Kiki n'est pas qu'une muse, c'est une artiste à part entière : elle est aussi chanteuse et danseuse de cabaret, écrivaine, actrice et peintre.

Voici ici, une évocation de son atelier

Trois œuvres de Kiki de Montparnasse : le portrait de Chaïm Soutine au centre date de 1936.

Les lieux du quartier de Montparnasse que Kiki a fréquentés

Kiki et sa mère habitaient au 12 rue Dulac dans le XVe, en haut à gauche de la photo. Au point 8 (croisement entre le boulevard Raspail et le boulevard du Montparnasse), elle ouvre en 1937 une boîte de nuit-cabaret qui sera célèbre et qu'elle appellera "Babel chez Kiki".

Les affiches des Années folles parisiennes, et une photographie de Kiki par Man Ray

Dans cet espace, on trouve plusieurs photos et une sculpture se rapportant à Kiki.

Il s'agit bien évidemment de deux photos de Man Ray qui ont fait le tour du monde : à gauche, le Violon d'Ingres où Kiki pose nue, de dos. Man Ray, dans son atelier, par un procédé dont il a le secret, ajoute deux ouïes au dos nu. Le Violon d’Ingres est né. La photographie sera vendue 12,41 millions de dollars chez Christie's en 2022.

A droite , Kiki noire et blanche (1926) : Kiki, les yeux fermés, le visage posé sur une table, tient contre sa joue un masque d'art africain traditionnel.

Pour ce qui est de la sculpture, notre guide nous montre ici, très bien mis en valeur sur un pilier noir, un masque en bronze très épuré évoquant Kiki de Montparnasse par le sculpteur espagnol Pablo Gargallo (1928).

Il s'agit d'un masque concave (masque creux), une forme unique dans la production de Gargallo.  Le visage stylisé évoque un ovale avec une coupe de cheveux à la garçonne en forme de casque, un seul œil maquillé et allongé, la ligne du nez et une moitié de bouche aux lèvres pulpeuses.

Juste en face de la sculpture de Gargallo, ce comptoir en cuivre est sans doute une évocation de la célèbre brasserie du boulevard Montparnasse, La Rotonde, où Kiki et les artistes de l'époque se retrouvaient souvent.

Sur le comptoir, en effet, une ardoise indique qu'ici pour aller dans la salle les dames doivent porter un chapeau, ce qui était à l'époque le cas de La Rotonde.

Philippe a trouvé une chaise providentielle dans un autre coin de l'exposition.

La mode des Années folles sans doute

Si on monte le petit escalier situé tout au fond de l'exposition, on peut voir différentes affiches dont celle-ci qui nous apprend que Kiki a écrit des mémoires. Ci-dessous, la première page : "Mon enfance en Bourgogne".

On y découvre aussi les poupées des Années folles et des années 1930 du designer barséquanais William Arlotti qu'il a baptisées "Kiki's dolls".

Une reconstitution de la loge d'une artiste de l'époque

En prime, un petit film qui m'a bien amusée.

Sorti en 2014, il s'intitule "Mademoiselle Kiki et les Montparnos" et se présente sous l'aspect d'un dessin animé. Il est librement inspiré des écrits de Kiki de Montparnasse, "Kiki souvenirs",édité par Henri Broca en 1929 et "Souvenirs retrouvés" édité par José Corti en 2005.

 

 

 

J'ai aussi trouvé ce podcast très intéressant : il fait la synthèse du Paris des années 1920.

Un peu de repos après la visite pour Philippe et Arlette

Avec Bibi fricotin cette fois-ci

Merci à Cécile Zicot, conservatrice du Musée de Châtillon, pour l'organisation de cette très belle exposition qui a regroupé toutes sortes d’œuvres venues de toutes parts.

☻ Musée Villa La Fleur (Pologne)

☻ Musée des Années Trente (Boulogne-Billancourt)

☻ Musée Goya (Castres)

☻ Écomusée de la Bresse (Pierre-de-Bresse)

☻ Cinémathèque française (Paris)

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