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Publié par Tolbiac204

30 mars 2026 : Cet après-midi nous avons rendez-vous avec Maud Sirois-Belle, présidente de la SHA du 13e arrondissement, pour une visite guidée du Mobilier National. Le rendez-vous a été fixé sur l'avenue des Gobelins devant la Galerie du même nom où nous retrouvons le groupe des adhérents inscrits à cette sortie. Cette dernière, en brique et pierre, ne date que de 1914. (photo Wikipédia)

Elle jouxte la Manufacture qui elle date du XVe siècle époque à laquelle Jehan Gobelin installa en bordure de Bièvre un atelier de teinture. Cette manufacture est constituée de plusieurs cours. Dans la première, une statue de Charles Le Brun, premier directeur de la manufacture, ici représenté tenant à la main une palette de peintre. (photo Wikipédia)

Le groupe écoute attentivement face à l'ancien logement de Charles Le Brun les explications de la guide (la deuxième personne sur la droite), Hélène Cavalié, Conservateur général du Patrimoine, et Directrice adjointe des collections du Mobilier national.

C'est dans ce logement décoré de trophées et de guirlandes que le peintre mourut en 1690.

Notre guide nous entraine dans le dédale des cours de l’Enclos de la Manufacture des Gobelins, dévidant le fil de son histoire. Cette passerelle relie deux bâtiments au niveau du premier étage : que de bâtiments à restaurer pour l’État, tel celui de droite qui mériterait un petit coup de peinture, non ? Oublions vite cela, il paraît que l’État n'a plus de sous 😉!

Un petit portillon donne sur la Bièvre que nous "traversons" en enjambant la rue Berbier de Mets pour rejoindre Le Mobilier national dont l'entrée se trouve en face de la Manufacture.

Claude Gédéon Berbier de Mets a été premier Intendant-Contrôleur général du Garde-Meuble de la Couronne créé par Jean-Baptiste Colbert en 1663, garde-meuble précurseur du Mobilier national.

Le bâtiment du Mobilier national est l’œuvre d'Auguste Perret, l'architecte qui a reconstruit la ville du Havre après sa quasi complète démolition durant la deuxième guerre mondiale. Ce "palais" a été construit en ciment entre 1934 et 1936 sur les anciens jardins de la Manufacture des Gobelins. Il s'agit d'un bâtiment en U formant une immense cour intérieure, fermé par des grilles (il y a intérêt 😉...et clôturé en façade par un portique au-dessus duquel flotte le drapeau français.

C'est Arnaud Denis (le monsieur à l'écharpe bleue), inspecteur des collections du Mobilier national qui nous accueille dans la cour (Brr brr...) pour nous raconter l'histoire de ce haut lieu de conservation et de restauration des "objets" meublant les lieux prestigieux de la France, sur son territoire et à l'étranger. Il commence par nous expliquer les fonctions des différents étages du bâtiment : bureaux en rez-de-chaussée, espaces de restauration dans les étages ou encore conservation de mobilier au troisième étage non pourvu de fenêtres.

Il nous fait remarquer que les deux derniers niveaux auxquels nous faisons face - qui en réalité n'en font qu'un - sont totalement aveugles pour y préserver de la lumière et de l'humidité tous le mobilier qui y est stocké, attendant qu'un Président de la République, un ministre ou encore un ambassadeur de la France à l'étranger réclame tel ou tel meuble pour agrémenter son espace de travail ou de réception...

En nous retournant vers l'entrée du bâtiment du Mobilier national, on peut voir la tour Albert, du nom de son architecte, premier gratte-ciel de Paris construit entre 1958 et 1960 pour y accueillir des logements. Elle s'élève sur 22 étages et est caractéristique du style choisi par l'architecte avec une première terrasse au 6e étage (la faisant ressembler au campus de Jussieu) et une deuxième au 22e étage.

Puis, Arnaud Denis nous fait entrer dans le bâtiment que nous attendons impatiemment de visiter (Brr brr...) par une porte donnant sur l'aile droite aux fins de séparer le groupe (assez nombreux) en deux, l'un visitant l'espace de restaurant des tapisseries des Gobelins, l'autre celui de l'espace de restauration des tapis des Gobelins.

Pour notre part, nous entrerons dans l'espace réservé à la restauration des tapis comme vous pouvez le constater en voyant cet immense tapis sur lequel les ouvriers et les ouvrières sont en train de travailler. Vous ne verrez pas de photo d'ensemble de ce grand atelier car il est interdit de prendre en photo le personnel qui y travaille, par contre celui-ci répond volontiers à toutes nos questions.

Au centre de cet immense tapis, un macaron comportant la lettre N : j'en ai oublié la signification. Peut-être le N de Napoléon, qui sait ?

Un peu partout des tréteaux supportent des boîtes à tiroirs, des bobines de fil, des échantillons de couleurs divers et variés, bref tout le matériel nécessaire au travail des employées (je mets le mot au féminin car ce sont principalement des femmes qui travaillent ici à la lumière du jour).

Le groupe regardant les ouvrières travailler sur la restauration d'un tapis de la Manufacture de la Savonnerie d'après un carton de Sonia Delaunay : le tapis est fixé sur l'envers par de petites semences qui laissent des trous dans l'établi de travail mais pas dans le tapis, heureusement !.

On voit en haut de ce tapis en cours de restauration les semences qui le maintiennent solidement fixé sur le plan de travail et en bas les marques des semences laissées par la restauration précédente d'un tapis de plus grande envergure.

Tous les tapis qui passent par les mains des ouvrières de la Manufacture ont une notice assortie d'un numéro bien précis. On y trouve une photo suivie de toutes sortes de caractéristiques comme leur dimension, leur époque, l'endroit où ils ont été tissés et leur auteur. Cette notice est celle d'un tapis de Sonia Delaunay.

Ce tapis est-il en attente de restauration ou bien la restauration est-elle terminée et il repartira, bien emballé, dans son lieu d'exposition d'origine ou encore sera-t-il stocké sur place ? Toutes les hypothèses sont possibles.

En tout cas, il est très beau.

Dans l'atelier de restauration, j'ai remarqué l'affiche d'une exposition que j'aurais bien aimé aller voir mais que j'ai malheureusement loupée : les tapis monumentaux commandés par Louis XIV pour la Grande Galerie du Louvre étaient réunis et présentés sous la verrière du Grand Palais pendant seulement une semaine, en février... Dommage !

Cette visite de l'atelier de restauration des tapis terminée, et après avoir jeté un très bref coup d’œil à l'atelier de restauration des tapisseries,

Arnaud Denis nous entraîne maintenant en direction de la grande "salle Perret" qui sert de stockage au mobilier destiné aux "huiles" de la République française. Celle-ci se trouve au bout d'un long couloir où sont entassés sans doute des objets de moindre valeur (?)

Ce qui frappe en entrant dans la salle, c'est sa dimension : Waaaooouuuh !

Mais pourquoi tout cet espace "perdu" au milieu me direz-vous ? Notre guide nous a dit que très bientôt il y aurait un dîner de je ne sais plus combien de personnes : il faudra donc y "dresser une table" mais je ne pense pas que cela en soit la seule raison. Peut-être pour y laisser des espaces de travail plutôt ?

Je n'ai pas réussi à savoir si ce plafond de verre, laissait entrer la lumière du soleil de façon modérée ou bien s'il s'agissait d'un éclairage : je penche pour la deuxième hypothèse, la première devenant catastrophique en cas d'orage de grêle, non ?

Cette affiche explique que la fonction et l'organisation de la grande "salle Perret". Cette grande réserve a été conçue par l'architecte du bâtiment, Auguste Perret, comme un écrin de béton pour abriter les collection les plus prestigieuses du Mobilier national et de ses manufactures. Les racks disposés en son pourtour accueillent une sélection de meubles et de sièges, rangés par ordre chronologique et par style de Louis XIV à nos jours.

Philippe me fait remarquer tout d'abord ce fauteuil qu'on n'aperçoit à peine tellement il est encapuchonné et dont on ne peut deviner l'usage qu'en en lisant la légende : il ne doit pas s'user beaucoup vu qu'il ne sert qu'une fois par an, le jour du 14 juillet quand il prend place sur la tribune présidentielle. Quand je pense que Jean-Luc Mélenchon ou Jordan Bardela s'y assoiront peut-être un jour, j'en frémis d'avance !

Ah, le voici décapuchonné sur le site internet de l'Atelier de Recherche et de Création de Christophe Pillet. 

Jusqu’en 1999, les présidents de la République prenaient place dans un fauteuil de style Empire, reconnaissable à son assise et ses accoudoirs en velours cramoisi. 

Le choix du Mobilier national, à l’aube du nouveau millénaire, de solliciter Christophe Pillet marque une rupture esthétique forte : passer du langage ornemental hérité du XIXᵉ siècle à une expression plus contemporaine, sobre et universelle.

Ces différentes chaises ou tabourets (presque tous revêtus d'un emballage destiné à les protéger de la poussière) ne sont que du "menu fretin" par rapport à d'autres mobiliers.

Tel l'ancien bureau de Valéry Giscard d'Estaing, d'abord installé au ministère des Finances puis au Palais de l’Élysée comme le montre cette photo qu'Arnaud Denis nous présente.

Zoom sur les tiroirs

Décidément, le ministère des Finances a du beau mobilier : cette commode en laque de Chine et à faisceaux de licteurs datée de 1785 en provient également. On apprend sur l'affichette qui l'accompagne que son auteur, Pierre-François Guignard, a eu une triste fin puisqu'il a été guillotiné en 1794 deux jours après Robespierre : quelle tristesse de se priver d'un tel talent !

Mon ami Google m'a donné la réponse à ma question : mais qu'est-ce ça peut bien être qu'un faisceau de licteur ? Il s'agit d'un objet, symbole de la puissance des magistrats romains (les licteurs font partie de l'escorte des magistrats qui possèdent le pouvoir de punir, par les verges pour la flagellation, par la hache pour la peine de mort). Ces faisceaux de licteur décorent effectivement les quatre pieds de la commode.

Sous plastique également le fauteuil de représentation de Louis XVIII et du duc d’Angoulême que l'on aperçoit sur la photo présentée ici.

Au Mobilier national, il n'y a pas que du mobilier des siècles derniers : il y a aussi du mobilier contemporain. Le président Georges Pompidou avait entièrement meublé l’Élysée à son goût qui était plutôt novateur à cette époque. Souvenez-vous de son projet de construction du Centre Pompidou qui avait suscité bien des critiques dans les années 1970...

Ne me faites pas dire que cette table et ce tapis ont été choisis par l'ancien président : j'ai totalement oublié les explications de notre guide 🤣.

Bien sûr, il faut aussi penser à l'éclairage.

Paris Capitale de l'Europe ?

Tiens, quel drôle de titre pour ces pare-feux revêtus de tapisseries visiblement anciennes.

En fait, de la chute de Napoléon à l’avènement de Napoléon III, Paris a été la capitale politique et littéraire de l’Europe, et, partant, du monde. Elle le doit à ses bouleversements politiques permanents (Restaurations, Cent-Jours, révolutions de 1830 et 1848, coup d’État du 2 décembre 1851) et à l’incroyable richesse de sa vie intellectuelle et artistique incarnée dans des salons où les politiques côtoient les écrivains (Chateaubriand, Contant, Hugo, Stendhal, Musset) et les étrangers illustres (Rossini, Marx, Heine), sans oublier les meilleurs diplomates et les grands artistes (Berlioz, Delacroix…). Phare de la liberté, vivier des idées nouvelles, Paris attire en son sein des cohortes d’émigrés politiques notamment allemands, polonais, espagnols et italiens. Comme le résume Metternich au moment des Trois Glorieuses : "Quand Paris éternue, c’est la France qui s’enrhume". (Extrait du livre de Philip Mansel)

Dans ce coin-ci, un beau cartonnier en marqueterie d'écaille, couronné des figures du Jour et de la Nuit de Michel-Ange. Il est daté de 1715 et signé André-Charles Boulle (1642-1737), le célèbre ébéniste dont tout le monde connaît au moins le nom.

Lit de la chambre de parade de Caroline Murat, soeur de Napoléon au Palais de l’Élysée (Société Jacob-Desmalter, active de 1803 à 1813) - 1805-1806

Une variante de la même époque probablement

Mais c'est quoi ce bazar ?

Arnaud Gilles nous précise qu'ici on ne peut pas prendre de photos car il s'agit d'un espace destiné à la fabrication "de novo" du fumoir commandé à l'époque par Georges Pompidou pour l'Elysée au grand designer Pierre Paulin, une commande pour la ville de Montpellier non encore terminée.

Très respectueuse des règles, je n'ai donc pris que cette petite photo d'un coussin réalisé au sein des ateliers du Mobilier national.

Mais j'ai plus d'un tour dans mon sac, vous le savez bien vous qui suivez mon blog ! J'ai donc recherché l'original sur le net et cela devrait donner ça.

Plutôt cosy, non ?

« Chef-d’œuvre du design des années 1970, le fumoir de Georges Pompidou à l’Élysée renaît de ses cendres. Œuvre emblématique du design des années 1970, imaginée pour Georges Pompidou, cet ensemble unique vient de faire l’objet d’une restauration d’exception menée par le Mobilier national, après plus de cinquante ans d’histoire mouvementée. Un chantier rendu possible grâce à un dialogue étroit entre savoir-faire, archives et engagements partenaires. À travers cette restauration, c’est toute une vision qui se réactive : celle d’un État qui, dès les années Pompidou, faisait le choix résolu de la création contemporaine. Cet ensemble monumental sera présenté pour la première fois au public à l’occasion de l’exposition Le Design selon Pierre Paulin, du 27 juin au 1er novembre 2026, Musée Fabre de Montpellier » (source odp.design instagram)

Visiblement, depuis que nous avons fait cette visite guidée, le chantier est terminé.

Si vous "zieutez" bien, tout au fond de la salle Perret, on aperçoit cette construction en cours.

Une photo-souvenir émanant du site de la Société d'Histoire et d'Archéologie du 13e

Et voilà, la visite guidée est terminée : elle nous a emballés comme le montre le sourire de Philippe.

Un grand merci à la SHA d'avoir pensé à la retenir à notre intention.

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